Un jour, un bon ami à moi m’a dit que l’art ne servait à rien s’il ne pouvait être partagé, être compris par d’autres. L’art, par son moyen d’expression inarticulée, à la vertu de dénuder, de créer l’image un peu plus claire, un peu plus vraie, de la face cachée de nos sentiments, pour finalement se rapprocher un peu plus de ce que nous sommes. C’est la constante crainte de stagnation, de contrainte, de contrôle, qui utilise la volonté de ses acteurs pour contrer la peur elle-même, aller à l’encontre de l’accessible et de l’évidence, à la recherche des saveurs de l’incertitude et de l’inattendu.

Pourtant, l’art s’improvise sous la forme d’une esquisse silencieuse, neuve, fragile, où naît cette illusion de la perfection selon laquelle le savoir-faire est mesuré, jugé à partir de l’instrument du « talent ». Je n’aime pas ça.

Puis, au développement d’une dizaine de films abandonnés par l’été, menée par une nostalgie sereine, une vague d’amour immense dépassa mon concept de perfection lorsqu’à travers mes photos, je compris que l’essentiel était, non pas de comprendre l’art, mais bien de le ressentir. Car ces images étaient celles de gens que j’aime profondément, et dans les éventuelles circonstances qui m’auront menée à leur création, je partagerai donc quelques de celles-ci, dans l’intérêt mélancolique, dira-t-on, de nous rapprocher d’une meilleure conscience de nous, des autres et de l’impertinence de ce dit esthétisme artistique. Parce que l’authenticité a accroché plus d’œuvres remarquables que toutes les compétences du monde; parce que « l’Art grand A» est justement trop important pour être pris trop au sérieux; et parce qu’il n’y a tout simplement rien de plus artistique que d’aimer.